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Denis Langlois

L’Affaire Saint-Aubin

La Différence, 2019, 204 p., 18 €

jeudi 19 mars 2020, par Maurice BALMET

Comme une chanson populaire fredonnée par des millions de gens, « les affaires » marquent et symbolisent une époque. Cette fameuse « affaire Saint-Aubin » ranime l’époque du SAC (Service d’action civique) et des barbouzes, dans la période trouble de l’après-guerre d’Algérie et du gaullisme triomphant.

Un étrange accident de la route deviendra un calvaire judiciaire.

Juillet 1964. La famille Saint-Aubin, originaire de Dijon, s’apprête à partir en vacances à Fréjus. Leur fils Jean-Claude, âgé de vingt-trois ans, accompagné d’une amie Dominique Kaydasch, percute violemment un arbre. Ils meurent tous les deux sur le coup. Que s’est-il vraiment passé le 5 juillet 1964 aux Esclapes, près de Fréjus ?

Officiellement, Jean-Claude Aubin et sa jeune passagère, fils et fille de commerçants et de notables dijonnais, sont morts d’un accident de la route. La Volvo que conduisait le jeune homme s’est écrasée contre un arbre en ce matin d’un bel été.

Très rapidement d’ailleurs, le 16 juillet, l’affaire est classée sans suite par le procureur de Draguignan. Mais les parents de Jean-Claude Saint-Aubin, et notamment sa mère Andrée, n’ont jamais cru que leur fils chéri, excellent conducteur qui participait à des rallyes automobiles, avait pu se jeter seul sur l’obstacle et, surtout, pu perdre le contrôle de son véhicule dans un virage à faible courbe pour terminer sa course dans un arbre.

C’est le début de « l’affaire Saint-Aubin » qui, durant plus de quarante ans, ira de rebondissements en procédures judiciaires. À force de ténacité, les parents Saint-Aubin ont récupéré le témoignage d’un ouvrier, d’origine algérienne et ancien harki de l’armée française, qui affirmait que l’accident avait été provoqué par un camion militaire ayant pris la fuite.

Dans ce livre haletant, Denis Langlois retrace le parcours courageux des parents Saint-Aubin, aujourd’hui décédés. On leur a tout fait. Silence subit de témoins voire mort mystérieuse, expertise bâclée, justice aux ordres, ministres menteurs.

Est-ce alors un membre de l’OAS, circulant lui aussi à bord d’une Volvo, immatriculée en Suisse comme celle de Jean-Claude, qui a été visé ce jour là ? Ou est-ce ce « mystérieux » camion militaire conduit par des soldats qui ont involontairement heurté la voiture de Jean-Claude et qui ont été couverts par leurs supérieurs ?

En 2020, nous ne savons toujours pas ce qui s’est réellement passé. Accident ? Attentat ? Bavure des services secrets gaullistes en lutte contre les anciens membres de l’OAS ? La raison d’État a-t-elle comme souvent encore frappé ?

Plus de cinquante-cinq ans plus tard, ce « banal et dramatique fait divers » suscite encore débats et controverses. Au-delà de l’aspect de l’affaire elle-même qui conserve toujours sa part de mystère, cet ouvrage agréable à lire montre la ténacité et le courage d’une mère épaulée par son époux à faire toute la lumière sur la mort de leur fils et obtenir Justice.

Cette histoire est brillamment retranscrite par Denis Langlois, ancien avocat bien connu des réfractaires à l’armée et des militants, dans cet ouvrage passionnant du début à la fin comme une véritable enquête policière mais cette affaire ne fait peut-être que commencer…