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Annexe V du cahier n°5 de l'Observatoire des armes nucléaires françaises Uranium appauvri et armes nucléairesExpériences explosives à MoronvilliersEn 1955, un accord entre le CEA et le Service des poudres a créé le Centre d’Études de Vaujours (CEV), situé au nord-est de Paris dans la Seine-Saint-Denis. Au bout de quatre ans le Centre était intégré tout à fait à la Direction des Applications Militaires (DAM) du CEA. Depuis sa création, le CEV a effectué des études sur les explosifs et la détonique. Le polygone d'expérimentation de Moronvilliers (PEM), situé à 15 km au nord-est de Reims, est rattaché au CEV depuis juin 1957. C'est à Moronvilliers que le premier essai non-nucléaire pour le programme de la bombe atomique a été effectué en 1958. En 1971, le CEV occupait un terrain de quelque 44 hectares et le PEM près de 500 hectares. Les essais froids Officiellement on n’a jamais fait d’essais nucléaires sur le territoire hexagonal : de telles expérimentations étaient effectuées en des lieux "isolés" considérés comme plus sûrs quant aux conséquences éventuelles sur l’environnement et les populations. Mais on ignore souvent que toutes sortes d’expériences préliminaires ou complémentaires aux explosions strictement nucléaires ont été et sont toujours réalisées en France même sur des terrains "d’expérimentation" appartenant soit au CEA, soit au Ministère de la Défense. Nous aurions pu penser que les expériences réalisées en France ne concernaient que les explosifs chimiques qui sont associés aux têtes nucléaires. En fait, des matières nucléaires sont également le sujet d’expériences de détonique : il s’agit, pour les techniciens de la bombe d’analyser comment les matériaux contenus dans les armes nucléaires, notamment métalliques (uranium, béryllium), réagissent lors d’une explosion. Pas de "champignon nucléaire", donc, sur le territoire national mais dispersion de matières nucléaires à l’occasion des activités "explosives" du Centre de Vaujours-Moronvilliers. Ce sont les " essais froids ", comme les désignent les techniciens français de la bombe. Tirs en tous genres à Moronvilliers Du point de vue de l'environnement, ces tirs sont dangereux parce qu'ils peuvent contaminer l'air, le sol et l'eau. Les explosifs classiques (non-nucléaires) qu'on met en œuvre sont des matières chimiques toxiques. Mais comme on emploie de l'uranium appauvri pour simuler les effets de choc sur le plutonium, les conséquences sont à étudier avec attention. En 1983, un agriculteur voisin de Moronvilliers a trouvé dans un chemin un morceau d’uranium 238 d'environ 1,3 kg et 15 cm de diamètre. L'origine de ce morceau d’uranium, qui, selon le CEA datait de plus de dix ans, est encore un mystère. Il pourrait provenir hors du site, en particulier d’un avion de l'armée de l'air canadien qui s’était écrasé sur Sainte-Marie-à-Py- (près de Suippes). En effet, les avions contiennent souvent de l'uranium appauvri en raison de sa densité. Plusieurs documents du Comité de Hygiène et de Sécurité (CHS) de Vaujours parlent de l'emploi de l'uranium. La plupart du temps, ils ne signalent pas s’il s’agit d'uranium naturel ou d'uranium appauvri. Cependant, selon un procès-verbal de 1978, la société CERCA réalise la plupart des pièces en uranium utilisées pour les tirs, et ces tirs ont lieu essentiellement a Moronvilliers. La CERCA était spécialisée, parmi ses autres activités, dans l'uranium appauvri et elle travaillait dans le circuit de fabrication et le circuit des résidus de l'uranium appauvri de la Direction des Applications Militaires du CEA. A l’usine Pantex aux États-Unis qui travaille sur le même secteur que le Centre de Vaujours-Moronvilliers, on a effectué des tirs d’explosifs à l'uranium appauvri à l'air libre. Les chercheurs ont appris que sur ce site, environ 5% de l'uranium était dispersé en fines particules hors du site, le reste retombait sur le site sous forme de petites particules, de poussières ou de fragments. Après chaque essai, on ramassait les fragments et on les enterrait. Environ 12% de l'uranium appauvri restait sur le sol. Cet uranium se trouvait sous forme d'oxyde d'uranium, un solide lourd divisé en menus morceaux qui pourrait s'accoler aux particules de sol. Après un tir, l'oxyde était mélangé dans le sol ou bien il restait à même le sol sauf quand il était transporté par les vents sous forme de poussière ou enlevé par l'eau de ruissellement. L'oxyde d’uranium est relativement insoluble dans l'eau et donc les plantes en absorbent peu. A Moronvilliers, on a effectué des tirs d’explosifs à l'uranium à l'air libre, et, semble-t-il, en cuves. En 1975 au moins, sur certains endroits du site de Moronvilliers, on contrôlait la contamination atmosphérique éventuelle en permanence, d'autres contrôles étaient effectués à l'occasion, dans et autour des zones de tir utilisées. On analysait des échantillons de terre et d'eau recueillis sur l'ensemble du site et autour du site pour mesurer la contamination éventuelle à l'uranium. Bien évidemment, les résultats des contrôles et analyses ne sont pas dans le domaine public. L'uranium pouvait poser un problème à Moronvilliers pendant l'extinction des feux de broussailles qui survenaient à la suite des tirs. On n'autorisait pas les personnels spécialisés du Centre à intervenir après un tir avant que le risque de contamination par inhalation ait disparu. Dans les zones de tir, au PEM comme à Pantex, les morceaux d'uranium provenant d'expériences antérieures restaient sous forme d'oxydes. Ces morceaux étaient fréquemment mélangés à de la terre, ainsi, selon le Chef du Groupe de protection contre les Radiations, ils ne risquaient pas de se retrouver en suspension dans l'air une deuxième fois. La question des feux, discutée au cours de la réunion du Comité d’Hygiène et de sécurité du 6 octobre 1975, n'était pas théorique. En effet, en avril 1976 deux tirs ont provoqué des feux de broussailles et de pinèdes. L'un d'entre eux fut si important qu'un représentant CGT/FO a déclaré au CHS qu'il semblait que la sécurité des biens et des personnels n'était plus assurée au PEM. Le brûlage des résidus de l'uranium appauvri Le Centre CEA de Bruyères-le-Châtel qui, au moins en 1988, gérait l'ensemble des résidus d'uranium appauvri de la DAM, a mis au point une technique de brûlage des résidus d'uranium naturel et appauvri. On employait cette méthode pour se débarrasser de " certains résidus, comme les sciures provenant du sciage des lingots d’uranium, impossibles à griller à cause de l'huile qui les recouvre et de l'humidité qui généralement les accompagne au niveau du stockage. " Le brûlage consiste à transformer l'uranium métal en oxyde U3O8 en le brûlant " à l'air libre sur un terrain d'expérimentation doté de points de contrôle permanents où sont prélevés les aérosols par aspiration d'air et par dépôts dans des coupelles. " Le rapport qui décrit ce brûlage ne dit pas où ces opérations sont effectuées mais il est probable qu’elles sont faites à Moronvilliers. Selon l'auteur du rapport, " les dépôts (c’est à dire la contamination) à l'issue d'une campagne de brûlage restent bien inférieurs aux normes en vigueur... La réaction d'oxydation étant exothermique, une auto-combustion s'établit jusqu'au brûlage complet de l'uranium. La poudre d'oxyde est alors récupérée dans des fûts métalliques et acheminée soit pour valorisation de l'U5 contenu, soit pour stockage définitif. " Pendant 3 ans, on a traité 15 tonnes de ces résidus mais il est douteux qu'on puisse ramasser toute la poudre d'oxyde. (Extrait de l’article de Mary Davis et Bruno Barrillot, Les pollutions explosives de la DAM in Damoclès, n° 60, 1er trimestre 1994)
Uranium appauvri et démantèlement des armes nucléaires au Centre d’Études du Ripault
Le Centre d’études du Ripault (CER) a été fondé en 1962 dans les bâtiments d’une ancienne poudrerie datant de 1786. Le centre est situé à une quinzaine de km au sud de Tours. Traversé par l’Indre, il s’étend sur un domaine de 103 hectares sur lesquels sont répartis 80 000 m2 de bâtiments, ateliers et laboratoires. Selon le CEA, " le Centre d’Études du Ripault (CER) est un établissement à vocation essentiellement pyrotechnique où sont conçus, développés et mis en oeuvre les explosifs chimiques, les dispositifs d'amorçage et les matériaux organiques utilisés par la Direction des Applications Militaires pour ses recherches, ses expérimentations et ses livraisons aux armées ". De plus, le Centre " est bien chargé, à l'instar de son homologue de Valduc, près de Dijon, du démantèlement des armes nucléaires obsolètes " Le démantèlement de certains types d'armements peut créer une source de contamination particulière parce qu’on détruit l’explosif chimique contenu dans les têtes nucléaires par explosion. Si l'explosif est associé à de l'uranium appauvri, il faut les séparer. A l’usine Pantex, aux États-Unis, où se fabriquent les explosifs chimiques nécessaires aux armes nucléaires, on effectue les même opérations de démantèlement. On fixe la matière à brûler sur une tablette métallique et quand l'explosif est détruit, la pièce de métal tombe à terre et peut être ramassée. Avant que la séparation ne se produise, une partie de l'uranium est dispersée dans l'atmosphère en oxyde d'uranium et/ou tombe à terre sous forme de particules trop fines de ramasser. Ces expérimentations " sensibles " se faisaient sur le " centre de tirs du Ruchard ", un terrain militaire situé non loin du Centre du Ripault. Il est probable que ces zones de brûlage sont contaminés à la fois par de l’uranium appauvri et des produits chimiques. Source : Mary Davis & Bruno Barrillot, " Les pollutions explosives de la DAM à Moronvilliers ", in Damoclès n° 60, 1er trimestre 1994 Pour en savoir plus : cahier n°5 de l'Observatoire des armes nucléaires françaises ©
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