Sommaire
1- Audition des ONG par les Etats
2 - Intervention de Dominique Lalanne au nom de Stop Essais
3 - Informations complémentaires
New York (de nos envoyés)
1 - Audition des ONG par les Etats membres en séance plénière
Mercredi 28 avril, 64 ONG représentées se sont exprimées au cours de 17 exposés. L’ouverture
par le maire de
Nagasaki, Mr Iccoh Itoh, sur les conséquences sanitaires des bombardements
nucléaires a donné le départ. Puis vint la litanie des violations
du TNP par les Etats nucléaires, Chine France, Grande Bretagne
, Russie et USA, les champions dans ce domaine avec la mise au
point de leurs mininukes pour le champ de bataille.
Le premier adjoint de la ville de New York avoue
son soutien enthousiaste à Abolition 2000 : « Je n’ai pas besoin de vous dire pourquoi je suis ici. Imaginez
que les deux avions qui ont attaqué les tours du World Trade Center
aient percuté la centrale de Indian River à 3 miles d’ici… Nous
aurions perdu la ville de New York pour plusieurs siècles… » Et il annonce que le Conseil municipal de la ville de New York va
recevoir la délégation de maires du monde entier qui est venue
à la Prepcom.
Le sénateur Belge Patrick Vankrunkelsven a fait
forte impression en se présentant comme « inspecteur citoyen
des armes nucléaires. » Il annonce : « En Belgique,
je suis connu pour escalader des clôtures. Vous imaginez un homme
politique du parti conservateur libéral se laisser menotter par
la police ? » Et d’expliquer que les inspections citoyennes
inaugurées en 1997 doivent montrer le souci de la population pour
leurs actions non-violentes.
Les recommandations des ONG s’appuient sur quatre
points :
1 - le désarmement,
2 - un moratoire sur la construction de nouveaux réacteurs,
3 - la prise en compte de la contribution des ONG,
4 - la création d’un secrétariat permanent du TNP.
Les conclusions de la séance ont été présentées
par le Maire d’Hiroshima, Mr Tadatoshi Akiba,. Celui-ci a rendu
hommage au Parlement européen pour son soutien au désarmement
nucléaire et à la campagne engagée sous sa responsabilité par
Mayor for Peace. Il a invité la conférence du désarmement à siéger
à Hiroshima, histoire de se sentir plus concernée par le désarmement.
Claude Thomas-Collombier.
Bernadette Lucet
Dominique Lalanne
2 - Comment la France peut-elle s’impliquer davantage dans le désarmement
nucléaire ?
28 avril 2004 - United Nations. Intervention de Dominique Lalanne,
de Stop Essais, à la table ronde sur « une initiative franco-anglo-européenne ».
Je me placerai tout d’abord dans un contexte
de forte volonté européenne. De tels cas se sont produits récemment
pour les Traités d’Ottawa ou de Kyoto ou encore pour la Cour Pénale
Internationale.
Un tel processus signifie que chaque Etat nucléaire
sera concerné par un programme de désarmement impliquant des étapes
et des échéances. Bien sûr il ne s’agit pas d’un démantèlement
immédiat et total ; d’abord parce que du temps est nécessaire
pour le réaliser techniquement mais aussi parce qu’il faut y associer
des contrôles internationaux pour en garantir la réalité et l’irréversibilité.
La délibération récente du Parlement européen
est très encourageante pour imaginer une proposition commune des
Etats membres, impliquant évidemment les deux Etats nucléaires
européens que sont la France et le Royaume Uni.
L’objet de mon intervention est de proposer des
mesures réalistes que pourrait prendre la France pour les années
à venir.
Il faut garder à l’esprit la contradiction interne
d’une telle démarche car d’un côté les mesures de désarmement
doivent être effectives, en nombre et en performance des têtes
nucléaires mais d’un autre coté, chaque Etat nucléaire voudra
conserver des capacités de frappe tant que l’abolition ne sera
pas totale et générale. Et donc rappelons l’importance des mesures
de vérification.
Je ferai aussi le lien entre les mesures prises
par la France et celles qui pourraient y être couplées dans les
autres Etats nucléaires. Je me placerai dans le cas de figure
pessimiste où les USA ne voudraient pas rejoindre un tel processus
mondial.
Je rappelerai tout d’abord que la France a pris
toute une série de mesures de réel désarmement dans les années
90 : signature du TNP en 92, puis après une campagne de tirs
à Moruroa, signature du Traité d’interdiction complète des essais
(TICE) et démantèlement du site ; arrêt de la production
de matières fissiles de qualité militaire, démantèlement des missiles
tactiques qui ont été des mesures effectives. Actuellement, la
France présente sa politique nucléaire comme celle de la dissuasion
minimum. On peut alors se poser la question : que faire de plus
?
Une première avancée « facile » pourrait
être l’abandon de la force aéroportée. En réalité, les anciens
missiles classés autrefois en missiles tactiques sont devenus,
par un changement de vocabulaire, des missiles aéroportés. Cela
serait une véritable étape de désarmement et se prêterait bien
à un accord, dans le cadre d’un processus global, impliquant la
Russie et l’OTAN. On pourrait imaginer alors une zone exempte
d’armes nucléaires tactiques dans tout le continent européen.
Le Royaume-Uni a d’ores et déjà supprimé sa composante tactique,
mais l’OTAN entrepose 150 missiles en Europe, la France comptant
60 armes nucléaires aéroportées et la Russie plus de 2000 armes
tactiques et 1500 aéroportées. Ce type d’armes est précisément
le danger majeur en Europe, car leur faible rayon d’action signifie
que leur théâtre d’utilisation sera le sol européen. Cela serait
aussi un changement majeur de la diplomatie française, car l’un
des intérêts de ces équipements est la présence possible sur des
théâtres d’opération éloignés grâce à l’utilisation d’un porte-avions
(2 d’ici quelques années).
La dissuasion devient crédible parce qu’elle
est visible. Ce qui, soit dit en passant, est une doctrine opposée
à celle concernant l’utilisation des sous-marins qui dissuadent
précisément parce qu’on ne sait pas les localiser. Cela correspondrait
aussi à une inflexion de la doctrine de la dissuasion qui actuellement
ne considère que la force nucléaire, mais qui pourrait se transformer
en dissuasion avec des armes classiques, dont l’emploi est d’ailleurs
beaucoup plus crédible.
Je ne m’attarderai pas sur la difficulté à impliquer
l’OTAN et la Russie du fait d’une opposition probable des Etats-Unis
et d’une certaine ambiguïté prévisible du Royaume Uni. A nouveau,
j’insiste sur le fait que de telles mesures ne peuvent être imaginables
que dans un cadre de négociations mondiales et dans des institutions
appropriées.
La deuxième mesure qui pourrait être prise par
la France est une réduction du nombre de missiles et des têtes
nucléaires dans chaque sous-marin en mission. Actuellement, chaque
sous-marin est équipé de 16 missiles comportant chacun 6 têtes
nucléaires. Il est très simple de ne prendre qu’un équipement
partiel. C’est le cas des sous-marins anglais qui ne sont équipés
qu’à 50 %. Ce serait d’autant plus facile, que la doctrine d’emploi
a déjà changé. La dissuasion française n’est plus la frappe massive
de tous les missiles envoyés en quelques minutes sur des villes
russes mais de frappes « adaptées » sur des cibles beaucoup
plus diversifiées, éventuellement sur des théâtres d’opérations
éloignés.
Une troisième mesure peut concerner la recherche
pour le long terme avec le laser Mégajoule en construction . Cette
installation prépare les armes à fusion pure des années 2040-2050.
Si le phénomène d’ignition du mélange deutérium-tritium était
mieux compris, il deviendrait peut-être possible de l’initier
avec un laser et non plus avec une bombe à uranium ou plutonium
comme c’est le cas actuellement. Les militaires pourraient être
dessaisis de cette recherche et le Mégajoule pourrait être géré
par des institutions civiles.
Je finirai par une quatrième mesure qui, en fait,
pourrait être discutée dès maintenant. Il s’agirait d’inclure
l’interdiction de production de tritium dans le Traité d’interdiction
de production de matières fissiles (Cut Off Treaty) en discussion.
Cela serait une avancée considérable. En effet les 5 Etats nucléaires
officiels ont équipé toutes leurs bombes d’un 3ème étage à fusion
et ceci pour augmenter la puissance de l’explosion. Ce n’est pas
le cas pour les autres Etats nucléaires « officieux »
comme l’Inde et le Pakistan. Sans étage au tritium, toutes les bombes
nucléaires deviennent des bombes de puissance comparables à celle
d’Hiroshima. Si la production du tritium est interdite, cette
situation se produit en quelques années, car la demi-vie du tritium
est très courte (12 ans).
D’un autre côté, on ne peut pas parler d’une
mesure irréversible puisqu’une production de tritium permettrait
de rendre à la bombe sa puissance nominale. Mais cela correspondrait
à une énorme diminution de puissance des arsenaux nucléaires.
Et cette mesure pourrait être discutée maintenant en marge du
traité " Cut-Off ".
En conclusion, j’insisterai sur le rôle majeur
que peut jouer la France dans le contexte européen et en partenariat
avec le Royaume-Uni. Si un tel processus pouvait se produire,
impliquant nécessairement la Russie et l’OTAN, la pression diplomatique
sur les Etats -Unis serait beaucoup plus sensible qu’elle ne l’est
actuellement. Et sans pression diplomatique, je ne pense pas que
la politique américaine sera favorable à un désarmement nucléaire
concernant les Etats Unis.
Je ne voudrais pas terminer par une note pessimiste,
mais je pense qu’en ce qui concerne la France, on est aussi en
droit de se poser la question : le désarmement nucléaire est-il
à l’ordre du jour ?
Dominique Lalanne
3 - Compléments
d’information